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A la Conquête du Pôle

1912 Film de Georges Méliès (Fr) inspiré de Les Aventures du capitaine Hatteras (1866) de Jules Verne

Sujet : Des savants se réunissent pour mettre au point une expédition vers le Pôle Nord. Certains, sous l’égide du grand Professeur Maboul, partiront en aérobus. Les suffragettes tenteront de participer à l’entreprise. D’autres savants feront le trajet sur d’autres véhicules, mais seul le Professeur assurera la réussite du projet. Il y aura bien sûr des embûches et notamment le terrible géant des glaces, qui avale goulument quiconque s’approche de lui…

conquete du poleNote : Préparatif – Voyage – Exploration périlleuse, le scénario reprend pour beaucoup les films précédents de Méliès sur le thème de l’exploration d’un monde nouveau. Ce film, qui est encore une grande production, est le plus long que Méliès ait réalisé. Ce sera, en un sens, son dernier coup d’éclat. Car si le scénario n’évolue guère, les partis pris cinématographique de Méliès évoluent encore moins – à un moment où la grammaire cinématographique progresse si vite. La conquête du Pôle Nord sera ainsi un échec commercial cuisant, endettant Méliès auprès de Pathé et signant la fin de sa carrière. Le film, dont l’histoire est d’inspiration vernienne fait penser au The Adventurous Voyage of the Artic de Booth, film qui était lui-même inspiré de Méliès. S’il n’est pas évident de savoir si ce film a eu une influence, il est probable que Pif Paf Pouf, un spectacle où apparaissaient un géant de glace articulé et un Pôle magnétique, aimanté, ait eu une influence sur le film.

L’acceptation dans la section SF est litigieuse. En effet, le Pôle fut réellement conquis 3 ans plus tôt par Cook et par Peary. Comme pour ses autres « adaptations » verniennes, Méliès fait une fantaisie bien éloignée des préoccupations du romancier, ce qui fait autant plaisir au cinéphile amateur qu’il l’éloigne du genre qui nous préoccupe.

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Le Tunnel sous la Manche

1907 Film de Georges Méliès (Fr)

Histoire : Le film commence sur une scène représentant deux chambres. Elles sont occupées l’une par le roi d’Angleterre, l’autre par le Président Français. Les deux hommes se couchent et commencent à rêver. Dans leurs rêves, le même pour les deux, ils se voient, immenses, chacun de leur côté de la Manche, se regarde à travers un télescope, se font des signes. Leurs bras s’allongent pour une poignée de main surnaturelle. Ils en viennent à creuser le sol, d’abord avec deux immenses vrilles, puis avec des pioches. Les scènes suivantes montrent des ouvriers au travail. Les ouvriers des deux pays se rejoignent. On voit un train utiliser le tunnel. Vient ensuite la célébration de la réalisation. Après un intertitre bilingue « le Réveil-Awaking ! » le film poursuit sur un accident : deux trains se percutent au milieu du tunnel. Réveillés par le cauchemar (le film est sous-titré : le cauchemar franco-anglais) le dirigeant français rejoint l’anglais dans sa chambre. Tout deux relatent leur rêve. Est annoncé alors un homme qui porte le projet du Tunnel sous la Manche. Celui-ci est reconduit d’une manière expéditive.

Commentaires : On pourra trouver visionnaire ou assez science-fiction le sujet du film. Il faut pourtant s’apercevoir que les projets de tunnel sous la manche datent du tout début XIX, et restent d’actualité en ce début XXème. Au-delà du sujet, d’anticipation technique pourrait-on dire, on remarque que Méliès met en jeu un face à face entre deux nations concurrentes, deux systèmes politiques pour finir par signifier qu’il ne pourra être que difficile voir impossible qu’il se rejoignent. Sur ce point, il offre ici aussi un point de vue qui reste encore d’actualité. Sur un autre sujet, sont-ce les baisers que s’envoient les dirigeants de chaque côté de la Manche, les tire-bouchons géants pour creuser le sol, ou l’accident de train dans le tunnel qui font voir à Lynne Kirby*, en 1997, dans ce film, un motif homosexuel inconscient et sous-jacent ? Laissons cette interprétation assez cliché à l’auteur.

*Lynne Kirby, Parallel Tracks : The Railroad in Silent Cinema, 1997.

Le Dirigeable Fantastique

1906 Film de Méliès (Fr)

Histoire : un scientifique est en train de construire un dirigeable. Il s’endort sur son travail et rêve qu’il voyage. Mais le véhicule s’élève au-dessus de l’atmosphère et dans l’espace, il heurte une comète. Le choc provoque une explosion gigantesque, ce qui provoque le réveil de l’inventeur. Effrayé, il détruit immédiatement ses plans et calculs.

Commentaires : J’ai décidé jusqu’ici de refuser toute histoire pouvant relever de la science-fiction dont l’action se déroule dans un rêve. L’exception pour ce film n’est pas due au fait que le véhicule devient un vaisseau spatial mais qu’il existe bien dans le récit sous forme de projet. Le rêve de l’inventeur n’est ici qu’une anticipation de l’invention – invention qui représente sans doute une innovation mineure :  avec la mention « nec plus ultra » sur le tableau-schéma, le dirigeable fantastique se présente au moins comme à la pointe du progrès en la matière. Que ce dirigeable vogue dans l’espace est bien sûr un plus pour classer l’oeuvre dans le genre qui nous occupe, genre qui, à cette époque, voit un bon nombre d’inventions plus légères que l’air.

Le Raid Paris Monte Carlo en Deux Heures

août 1905 Film de Georges Méliès (Fr)

Histoire : Le Roi Léopold de Belgique, de Paris veut visiter Monte Carlo mais il recule devant la distance. Il rencontre un fabricant automobile qui lui jure qu’il possède un véhicule capable de faire la distance en 2 heures. Le Roi bondit sur l’occasion. Mais le voyage ultra-rapide ne sera pas sans péripéties et accidents dus à la vitesse.

Commentaires : un film qui anticipe l’accélération de la vitesse automobile, qu’on pourrait étendre à l’accélération en général, sous un aspect – j’oserai dire « évidemment » – comique. Un rapport à la science-fiction ténu mais non nul. La vitesse est un grand incontournable du XXème siècle, et de la SF en général.

Twenty Thousands Leagues under the Sea

1905 Film de ? inspiré de 20.000 Lieues sous les Mers de Jules Verne

Histoire : Le Capitaine S. Whaler observe, pendant une journée de pêche, un monstre marin. Il en parle à un scientifique qui décide de lancer une expédition pour trouver l’animal. En mer, il s’avère que le monstre est un sous-marin. Une fois à son bord, les héros rencontrent le mystérieux navigateur qui les emmène faire une visite des fonds sous-marins. Tous ensemble décident ensuite de visiter le Pôle Sud. Là, ils recevront un accueil agressif qui les obligera à s’enfuir sur une île des Tropiques. Capturés, ils tentent de s’enfuir durant la nuit sur un tronc d’arbre, d’où ils tombent à l’eau et se noient. Ils seront ressuscités par Neptune qui a pris pitié d’eux.

Commentaires : il s’agit là de la première adaptation de l’oeuvre de Verne. Bien que la compagnie production (Biograph) soit Américaine il n’est pas certain que la réalisation, elle, le soit. Ce film est plus proche scénaristiquement (et en terme de science-fiction) que la future adaptation de Georges Méliès.

Note : Imdb décrit pour 1905 un film de même nom de McCutcheon (USA), avec un scénario différent. Le film ici présenté étant considéré comme perdu, toutes ces informations sont à prendre avec prudence. Néanmoins, dans les deux cas, l’attachement à l’oeuvre de Verne semble réel.

Le Voyage à travers l’Impossible

octobre 1904 Film de Georges Méliès (Fr)

Histoire: Une société géographique planifie un voyage autour du monde. Différents véhicules sont construits et acheminés par le train. Durant le voyage, l’utilisation d’un de ces véhicules provoque un accident. L’équipe séjourne à l’hôpital. Ils reprennent plus tard un train. Pris sans doute par son élan, le train, dans un passage montagneux, poursuit une trajectoire ascendante pour filer dans l’espace. L’équipe est alors happée par le Soleil, où ils finissent par atterrir. La chaleur étant éprouvante, l’équipe, sauf un membre, se réfugie dans un wagon-glacière, mais sont alors changé en glace. Sauvé par leur collègue, ils réussissent à utiliser un des véhicules emportés : un sous-marin, qui leur permet de rejoindre la Terre. Ou plutôt rejoindre l’océan, puisque c’est dans ce nouveau territoire que nos héros termine leur aventure, suite à une panne moteur.

Commentaires : L’oeuvre de Méliès semble avoir deux inspirations principales : d’abord l’oeuvre de Jules Verne. Il s’agit en quelque sorte d’une adaptation très libre. Il est à souligner d’abord que – lorsqu’il s’agit de Méliès – « Le voyage à travers l’impossible » de Verne est non seulement une pièce de théâtre, mais un récit où l’auteur se permet d’abandonner les critères de vraisemblance – d’où le titre. L’autre référence est l’oeuvre maîtresse de Méliès lui-même : le Voyage dans la Lune. Méliès se donne ici des moyens exceptionnels, en premier lieu par la durée du film : 20 minutes, c’est beaucoup plus que la majorité des films de l’époque. Cela lui permet de développer un scénario plus complexe, de mêler péripéties et gags multiples. Peint à la main, l’oeuvre peut-être considérée comme une très grosse production. On pourrait imaginer qu’il s’agit là, pour Méliès, de faire ce qu’il n’avait pu réaliser dans Le Voyage dans la Lune. La visite des chantiers est assez parlante de ce point de vue : plus longue (trop longue ?), plus travaillée dans les décors (dont certains éléments sont repris du Voyage dans la Lune), elle comporte maintenant deux scènes se clôturant sur un gag final assez développé.

Le film a un thème qui le lie d’évidence à la science-fiction, le voyage dans le soleil en étant le point culminant. Lié à la S.F. comme peut l’être Verne, c’est-à-dire toujours relativement.

Référence flash : Sunshine

Le Voyage dans la Lune

septembre 1902 : film de Georges Méliès (Fr) inspiré De la Terre à la Lune (1865) de Jules Verne et de Les Premiers Hommes dans la Lune (1901)de H.G. Wells

Histoire : le Pr Barbenfouillis porte à la connaissance de ses confrères son projet de voyage sur la Lune. Les savants visiteront les chantiers, appréciant la construction en cours. Une équipe partira ensuite, à bord d’un obus tiré par un énorme canon. Arrivés sur la Lune, après une visite des lieux, ils rencontreront des Sélénites hostiles et devront s’enfuir précipitamment. Un des extra-terrestres s’accrochera à l’obus, arrivant sur Terre. L’intrus défait, les voyageurs célébreront leur retour.

Commentaires : Le Voyage dans la Lune est tellement connu et il y a une telle littérature sur le sujet qu’il me semble immédiatement inutile de m’étendre sur ce qui justement le mérite… On sait qu’il existe désormais une version colorisée – d’époque. De notoriété publique, il s’agit là du tout premier film de science-fiction. Bien qu’ayant en un sens montré, dans les articles précédents, le contraire, on ne peut qu’approuver, pour plusieurs raisons :
– le sujet en premier lieu : il s’agit du premier vol interplanétaire, de la première rencontre avec des extra-terrestres adaptés au cinéma
– ce film est non seulement une grande production, c’est LA grande production, non LA PREMIERE grande production de l’histoire du cinéma. De par sa longueur, il peut développer un scénario comme jamais auparavant, ce qui, déjà, par rapport aux œuvres précédemment citées ici, fait qu’on pourrait lui donner plus simplement le titre de premier vrai film de l’histoire du cinéma.
– afin de construire son monde, Méliès a utilisé un nombre d’effets spéciaux importants, ce qui n’est pas pour déplaire dans le genre que nous affectionnons.

On ne présente plus le film, donc, mais j’y reviendrais peut-être quand le temps me le permettra.

Coppélia ou la Poupée Animée

1900 Film de Georges Méliès (Fr) adaptation de L’Homme au Sable (1817) d’Hoffman

Histoire: le film met en scène un automate. Il s’agirait d’une « adaptation » du texte d’Hoffman « L’homme au Sable » où un jeune homme s’éprend d’une femme qui s’avère être un automate.

Commentaires : tout comme son prédécesseur sur le thème Gugusse et l’Automaton, le film de Méliès a disparu. Il est cité comme une préfiguration du thème science-fiction du robot et de l’androïde. Le titre souligne bien la référence littéraire, un des personnages du récit Hoffmannien s’appelant Coppélius. On trouvera, sur la page des Incertains, à l’année 1908, un Méliès titré La Poupée Vivante, qui semble être une deuxième tentative d’adaptation du conte d’Hoffman.

Références flash : Blade Runner

Un Bon Lit

1899 Un film de Georges Méliès (Fr)

Histoire : Un homme dort dans le lit d’une chambre d’hôtel. Les rayons de la Lune éclairent le lit. L’homme est soudain réveillé par le bruit d’un insecte hors proportion qui avance vers lui. Il saute du lit et tue le monstre, mais en se recouchant il en découvre trois autres. Il les fait exploser grâce à la flamme d’une bougie. Il peut enfin s’endormir à nouveau.

Un bon lit
Image de « Une nuit terrible » du même Méliès dont « Un Bon Lit » est un « remake » amélioré

 Commentaires : la fin du thème laisse une possibilité pour que cette aventure soit onirique. Mais, si l’on admet que les rayons de Lune représentent une cause possible à l’apparition de ces insectes géants on a là non seulement un film de S.F., mais le premier film sur le thème de l’insecte géant, qui deviendra si important dans le cinéma de science-fiction quelques décennies plus tard. On y trouve aussi avec un certain plaisir, étant donné l’âge de ce film, l’idée simple – le feu – qui sauve le héros, porte de sortie récurrente dans les films d’horreur-action. Ce film est un « remake » de « Une Nuit Terrible » de 1896 dont la vidéo est visible sur youtube et qu’on pourrait classer en comédie, voire en fantastique.

Référence flash : Them ! …

Un Chirurgien Américain

1897 Film de Georges Méliès (Fr)

Histoire : Un clochard qui a perdu ses jambes se rend chez un chirurgien qui les lui remplace. Ce dernier pensant qu’il pourrait aider le pauvre hère en lui remplaçant une tête peu engageante procède à l’opération et lui octroie un visage d’une beauté parfaite. Mais cette tête est horrifiée en découvrant le corps qui la supporte et le chirurgien se voit dans l’obligation de changer également le torse de l’homme qui repart, cette fois, comblé.

Commentaires : Peu de matière : ceci est-il réellement classable en pré-science-fiction, difficile à dire à partir de si peu. Le sujet, le fait que ce chirurgien soit américain laisse penser que oui. Pourquoi le chirurgien est-il américain, le mot a-t-il alors une connotation de modernité ?
Le film – perdu – reprend sans doute le thème, récurrent chez Méliès, du personnage du savant tourné en dérision – proche du charlatan de foire, agrémenté de jeu d’acteurs bondissants et d’effets spéciaux détonants (la découpe de corps, notamment de tête est plusieurs fois utilisée chez Méliès).

Il est amusant de voir que le problème pour le chirurgien américain vient lorsqu’il utilise la médecine non à des fins de traitement mais pour l’ « esthétique », la question d’une médecine qui pourrait ne pas être uniquement utilisée pour le simple soin se posant à nos contemporains.

(On trouvera un thème proche en 1902 avec « Une chirurgie fin de siècle » où un chirurgien découpera la tête d’un patient pendant que son assistant contient les jambes déjà découpées.)