The Adventurous Voyage of the Arctic

novembre 1903 Film de William Booth (GB)

Histoire : Le capitaine Keetle et son équipage partent en expédition pour le Pôle Nord. Ils affrontent divers dangers avant d’atteindre le Pôle et de planter leur drapeau.

Commentaires : Ce film montre l’influence qu’a eu Méliès sur W.Booth. Méliès réalisera lui-même plus tard un voyage au Pôle, où le héros devra affronter un géant de glace. Le thème est vernien. Cependant le Capitaine Keetle est un personnage inventé par Cutcliffe Hyne, dont les aventures sont très populaires en cette fin XIX°.

Couverture d’une aventure du Capitaine Kettle

Le film comporte 12 tableaux. Dans son périple le Capitaine Keetle devra vaincre de nombreux dangers : la Reine Polaire, un serpent de mer, le mauvais génie du Pôle – qui transforme nos héros en blocs de glace – des lutins de Glace… Après avoir trouvé le Pôle, le groupe sera entraîné dans une grotte par « attraction magnétique ».

Assimiler ce film à de la science-fiction pose question. Les expéditions vers le Pôle sont dans l’air du temps. A la date du film, celui-ci n’a toujours pas été joint, il s’agit donc en un sens d’une anticipation, mais toute relative. Les habitants du Pôle sont quelques peu fantasmagoriques. Néanmoins, outre l’aspect « anticipatif », le thème ressemble à Jules Verne, et l’exploration du Pôle est, en fait, assez similaire à une exploration de planète, avec ses formes de vies étranges et ces phénomènes physiques inattendus (l’attraction).

A noter : le film est distribué avec la possibilité de remplacer le drapeau anglais planté au Pôle par des drapeaux d’autres nationalités afin de satisfaire les différents publics. Ce détail montre à quel point le cinéma est déjà, dès ces débuts, une industrie tourné vers la rentabilisation financière et l’exportation.

Le Voyage dans la Lune

septembre 1902 : film de Georges Méliès (Fr) inspiré De la Terre à la Lune (1865) de Jules Verne et de Les Premiers Hommes dans la Lune (1901)de H.G. Wells

Histoire : le Pr Barbenfouillis porte à la connaissance de ses confrères son projet de voyage sur la Lune. Les savants visiteront les chantiers, appréciant la construction en cours. Une équipe partira ensuite, à bord d’un obus tiré par un énorme canon. Arrivés sur la Lune, après une visite des lieux, ils rencontreront des Sélénites hostiles et devront s’enfuir précipitamment. Un des extra-terrestres s’accrochera à l’obus, arrivant sur Terre. L’intrus défait, les voyageurs célébreront leur retour.

Commentaires : Le Voyage dans la Lune est tellement connu et il y a une telle littérature sur le sujet qu’il me semble immédiatement inutile de m’étendre sur ce qui justement le mérite… On sait qu’il existe désormais une version colorisée – d’époque. De notoriété publique, il s’agit là du tout premier film de science-fiction. Bien qu’ayant en un sens montré, dans les articles précédents, le contraire, on ne peut qu’approuver, pour plusieurs raisons :
– le sujet en premier lieu : il s’agit du premier vol interplanétaire, de la première rencontre avec des extra-terrestres adaptés au cinéma
– ce film est non seulement une grande production, c’est LA grande production, non LA PREMIERE grande production de l’histoire du cinéma. De par sa longueur, il peut développer un scénario comme jamais auparavant, ce qui, déjà, par rapport aux œuvres précédemment citées ici, fait qu’on pourrait lui donner plus simplement le titre de premier vrai film de l’histoire du cinéma.
– afin de construire son monde, Méliès a utilisé un nombre d’effets spéciaux importants, ce qui n’est pas pour déplaire dans le genre que nous affectionnons.

On ne présente plus le film, donc, mais j’y reviendrais peut-être quand le temps me le permettra.

The Twentieth Century Tramp

janvier 1902 : Film de Edwin Porter (USA)

Histoire : L’inventeur d’un véhicule volant, une bicyclette équipée d’un ballon – comme un dirigeable – vol au-dessus de New York

Commentaires : Il s’agit là d’un remake de A la Conquête de l’Air que Zecca a réalisé en 1901. Porter ayant vu le travail de Zecca a su décrypter l’effet spécial (écran partagé) et l’utilise à sa manière. L’acteur pédale furieusement pour simuler le travail nécessaire pour le déplacement et c’est bien sûr un panorama de New York qui est utilisé dans cette version américaine. Il s’agit là sans doute plus d’un prétexte à tester la technique.

Happy-hooligan
Happy Hooligan de Fred Opper, un « clochard du XXème siècle »

Le novum fait penser à du Léonard de Vinci et est ultra-limité, autant que la durée – et c’est parce que la durée est si courte que, justifiant l’absence de récit, elle permet à ce The Twentieth Century Tramp que je l’accepte en science-fiction, puisqu’on ne peut que laisser son imagination déborder quant à ce qui va au-delà de la bête et méchante présentation de la machine. On remarquera que l’idée de la bicyclette volante était apparemment fréquente dans les travaux de l’époque. L’acteur est ici habillé comme le personnage du comics Happy Hooligan de Fred Opper – peut-être sous l’influence de la série d’adaptation du même comics par Blackton entre 1900 et 1902. On pourrait considérer qu’il s’agit là de la première adaptation de bande dessinée à l’écran en science-fiction (en effet, déjà, le premier film scénarisé, connu sous le nom de « L’arroseur arrosé » était tiré d’une page de comics…) mais le film étant si court et l’importance de l’accoutrement du personnage si insignifiant que je n’y songe pas vraiment. On notera également que le film avec clochard était également relativement récurrent et que chaque compagnie avec au moins le sien. Contrairement à ce qu’on peut lire chez certains auteurs, ce n’est par contre pas ici le premier film sur le thème (Tramp in the kitchen – 1898 pour l’exemple), ceci pour ceux qui atterriraient ici pour ça…

Référence flash : E.T. l’extraterrestre

An Over Incubated Baby

1901 Film de William Booth (GB)

Histoire : Un savant, le Pr Bakem, a inventé un incubateur qui permet d’accélérer le développement de l’individu. Une mère entre dans chez le Professeur (on peut lire une annonce : « Pro Bakem’s Baby incubator 12 months growth in one hour ») et demande à ce que son enfant trop chétif grandisse plus vite (les affiches en arrière-plan montre clairement que c’est là l’utilité de l’invention). Le Professeur laissera le travail à un assistant qui, accidentellement, accélérera le processus. La mère découvrira horrifiée, sortant de l’incubateur, un enfant vieilli, muni d’une longue chevelure et d’une barbe.

Commentaires : Selon toute probabilité, le réalisateur de ce An Over Incubated Baby est bien Booth, Paul parfois cité, devant être Producteur, la mention de J.Jameson qui apparaît aussi devant être erronée. Il semblerait que la question du rajeunissement (eau de Jouvence) qui est ici prise à contrepied soit récurrente dans cette fin de siècle et l’on trouvera sur le sujet d’autres réalisations.

Référence Flash : Benjamin Button, Blade Runner, Le Retour de l’abominable Phibes, Splice

A la Conquête de l’Air

1900 Film de Ferdinand Zecca (Fr)

Histoire : l’inventeur du « Fend l’air », le premier véhicule aérien monoplace, survole Paris

Commentaires : Un autre thème de la pré-science-fiction en ces débuts du cinéma est le progrès du plus-lourd-que-l’air et dans ce champ, la bicyclette volante est un des thèmes récurrents. Le premier monoplace daterait de 1930…
Le film ici semble se limiter à l’illusion du fonctionnement de cette machine. Elle fut, l’illusion, obtenue par un premier tournage (acteur à cheval sur la machine pris sur fond blanc me dit-on mais logiquement noir) puis second tournage, après rembobinage de la pellicule, d’un panorama de Paris en bas d’écran. C’est le premier exemple connu de cette technique de surimpression.
Un remake sera fait en 1902 par Porter sous le titre de Twentieth Century Tramp

Coppélia ou la Poupée Animée

1900 Film de Georges Méliès (Fr) adaptation de L’Homme au Sable (1817) d’Hoffman

Histoire: le film met en scène un automate. Il s’agirait d’une « adaptation » du texte d’Hoffman « L’homme au Sable » où un jeune homme s’éprend d’une femme qui s’avère être un automate.

Commentaires : tout comme son prédécesseur sur le thème Gugusse et l’Automaton, le film de Méliès a disparu. Il est cité comme une préfiguration du thème science-fiction du robot et de l’androïde. Le titre souligne bien la référence littéraire, un des personnages du récit Hoffmannien s’appelant Coppélius. On trouvera, sur la page des Incertains, à l’année 1908, un Méliès titré La Poupée Vivante, qui semble être une deuxième tentative d’adaptation du conte d’Hoffman.

Références flash : Blade Runner

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