Le Voyage à travers l’Impossible

octobre 1904 Film de Georges Méliès (Fr)

Histoire: Une société géographique planifie un voyage autour du monde. Différents véhicules sont construits et acheminés par le train. Durant le voyage, l’utilisation d’un de ces véhicules provoque un accident. L’équipe séjourne à l’hôpital. Ils reprennent plus tard un train. Pris sans doute par son élan, le train, dans un passage montagneux, poursuit une trajectoire ascendante pour filer dans l’espace. L’équipe est alors happée par le Soleil, où ils finissent par atterrir. La chaleur étant éprouvante, l’équipe, sauf un membre, se réfugie dans un wagon-glacière, mais sont alors changé en glace. Sauvé par leur collègue, ils réussissent à utiliser un des véhicules emportés : un sous-marin, qui leur permet de rejoindre la Terre. Ou plutôt rejoindre l’océan, puisque c’est dans ce nouveau territoire que nos héros termine leur aventure, suite à une panne moteur.

Commentaires : L’oeuvre de Méliès semble avoir deux inspirations principales : d’abord l’oeuvre de Jules Verne. Il s’agit en quelque sorte d’une adaptation très libre. Il est à souligner d’abord que – lorsqu’il s’agit de Méliès – « Le voyage à travers l’impossible » de Verne est non seulement une pièce de théâtre, mais un récit où l’auteur se permet d’abandonner les critères de vraisemblance – d’où le titre. L’autre référence est l’oeuvre maîtresse de Méliès lui-même : le Voyage dans la Lune. Méliès se donne ici des moyens exceptionnels, en premier lieu par la durée du film : 20 minutes, c’est beaucoup plus que la majorité des films de l’époque. Cela lui permet de développer un scénario plus complexe, de mêler péripéties et gags multiples. Peint à la main, l’oeuvre peut-être considérée comme une très grosse production. On pourrait imaginer qu’il s’agit là, pour Méliès, de faire ce qu’il n’avait pu réaliser dans Le Voyage dans la Lune. La visite des chantiers est assez parlante de ce point de vue : plus longue (trop longue ?), plus travaillée dans les décors (dont certains éléments sont repris du Voyage dans la Lune), elle comporte maintenant deux scènes se clôturant sur un gag final assez développé.

Le film a un thème qui le lie d’évidence à la science-fiction, le voyage dans le soleil en étant le point culminant. Lié à la S.F. comme peut l’être Verne, c’est-à-dire toujours relativement.

Référence flash : Sunshine

The Dog Factory

mai 1904 Film de Edwin Porter (USA)

Histoire : Dans une « fabrique à chien » – The Dog Factory – on utilise une machine qui transforme les chiens en chapelets de saucisses et inversement. Un homme vient vendre des chiens dans la boutique. Peu après, des clients viennent acheter des chiens faits à partir des saucisses, jusqu’à ce qu’un homme, du genre brutal, commande un bull dog. Le premier ne lui convient pas, pas assez agressif. Le second l’est plus et saute sur le client. S’en suit une bagarre qui se termine par la fuite du client poursuivit par le chien.

Commentaires : Dans la continuité de La Charcuterie Mécanique des Lumière, Porter reprend l’idée d’une machine qui transforme un animal en saucisse, mais y ajoute la possibilité inverse. La fabrique n’est donc plus simplement un lieu de production de denrées alimentaires, mais une sorte de lieu de stockage du vivant sous une forme « élémentaire ». Si le gag des Lumière reposait — à mon avis — sur la mort (un des fondements, toujours à mon avis, du comique) celui-ci plus proche de l’absurde, peut-être, et en tout cas plus complexe, faisant appel à plusieurs scènes, dans une sorte de continuité chronologique (chiens achetés — chiens vendus à des clients — chute). C’est un peu une fable morale : chaque client choisit selon son désir, et sans doute selon sa personnalité — mais le choix de brutalité de « l’homme brutal » se retourne contre lui.

La remarque concernant le parallèle entre le thème et le cinéma faite à propos du film des Lumière comme pour celui de Biograph est toujours valable. Il trouve expression dans un commentaire sur le net que je traduis : « Peut-être une allégorie sur la capacité du cinéma à capturer et ré-animer le vivant, d’un simple tour de manivelle ».

Dans tous les cas, l’oeuvre a toujours – voire bien plus – à voir avec la science-fiction que ces prédécesseurs sur le thème à cause de cette idée de transformation et de stockage du vivant, ce qui le rapproche pour moi de l’idée de bioscience. Mon regret sur ce point est que Porter n’ait pas eu l’idée non pas de classer ses saucisses par race de chiens, mais comme des éléments fondamentaux dont les combinaisons donneraient des races différentes.

Pour l’anecdote, l’année précédente sont sorti deux films de Porter considéré comme des chefs d’oeuvre du cinéma, « The Great Train Robbery » et « Life of an American Fireman ».

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