The Modern Pirates

octobre 1906 Film de Arthur Melbourne Cooper (GB)

Histoire : un groupe de pirates utilisent un véhicule blindé ultra moderne pour piller les campagnes. Morts et blessés sont rapidement à regretter. La police intervient et c’est en tombant dans une rivière, englouti, que le terrifiant véhicule disparaît avec son équipage anonyme.

Commentaires : Il n’y a guère d’information pour ce film que Noël Burch qualifie de « fantasme pour enfants de la gentry ». Certaines scènes du film semble assez dure même si le film contient des moments comiques en parallèle. Le véhicule blindé existe déjà à l’époque mais celui du film est en avance sur son temps : à l’avant, notamment, une ouverture s’ouvre, comme la gueule d’un monstre, pour happer tout objet qu’il désire.
L’image en une est une photographie du réalisateur A.M. Cooper. Je n’ai trouvé aucun autre matériel pour ce film.

Rescued in Mid-Air

juillet 1906 Film de Percy Stow (GB)

Histoire : suite à un accident, une jeune fille se retrouve au sommet d’une église. Son père, un inventeur, utilise sa dernière réalisation pour la sauver : un aéroplane doté d’ailes articulées, similaires à celles d’un oiseau. Bien qu’ayant réussi à la sauver du clocher, ils s’écraseront ensuite sur le toit d’une maison.

Commentaires : Sans doute la première apparition du véhicule ailé, qui reste un type de navire toujours notable dans l’imaginaire science-fiction fantasy.

Rescued-in-Mid-Air
L’avion à ailes et hélices

Le film utilise différents effets, dont un décor de fond qui défile pour donner l’illusion du déplacement et un écran partagé pour des scènes d’actions simultanées ! et selon Michael Paris (From the Wright brothers to Top gun: aviation, nationalism, and popular cinema) serait le premier où, avec le sauvetage de la jeune femme, l’avion apporterait quelque chose de positif – il est vrai que les autres films répertoriés ici, même ultérieurs, sur le sujet font plutôt de l’aviation un danger.

Le Dirigeable Fantastique

1906 Film de Méliès (Fr)

Histoire : un scientifique est en train de construire un dirigeable. Il s’endort sur son travail et rêve qu’il voyage. Mais le véhicule s’élève au-dessus de l’atmosphère et dans l’espace, il heurte une comète. Le choc provoque une explosion gigantesque, ce qui provoque le réveil de l’inventeur. Effrayé, il détruit immédiatement ses plans et calculs.

Commentaires : J’ai décidé jusqu’ici de refuser toute histoire pouvant relever de la science-fiction dont l’action se déroule dans un rêve. L’exception pour ce film n’est pas due au fait que le véhicule devient un vaisseau spatial mais qu’il existe bien dans le récit sous forme de projet. Le rêve de l’inventeur n’est ici qu’une anticipation de l’invention – invention qui représente sans doute une innovation mineure :  avec la mention « nec plus ultra » sur le tableau-schéma, le dirigeable fantastique se présente au moins comme à la pointe du progrès en la matière. Que ce dirigeable vogue dans l’espace est bien sûr un plus pour classer l’oeuvre dans le genre qui nous occupe, genre qui, à cette époque, voit un bon nombre d’inventions plus légères que l’air.

Le Raid Paris Monte Carlo en Deux Heures

août 1905 Film de Georges Méliès (Fr)

Histoire : Le Roi Léopold de Belgique, de Paris veut visiter Monte Carlo mais il recule devant la distance. Il rencontre un fabricant automobile qui lui jure qu’il possède un véhicule capable de faire la distance en 2 heures. Le Roi bondit sur l’occasion. Mais le voyage ultra-rapide ne sera pas sans péripéties et accidents dus à la vitesse.

Commentaires : un film qui anticipe l’accélération de la vitesse automobile, qu’on pourrait étendre à l’accélération en général, sous un aspect – j’oserai dire « évidemment » – comique. Un rapport à la science-fiction ténu mais non nul. La vitesse est un grand incontournable du XXème siècle, et de la SF en général.

Twenty Thousands Leagues under the Sea

1905 Film de ? inspiré de 20.000 Lieues sous les Mers de Jules Verne

Histoire : Le Capitaine S. Whaler observe, pendant une journée de pêche, un monstre marin. Il en parle à un scientifique qui décide de lancer une expédition pour trouver l’animal. En mer, il s’avère que le monstre est un sous-marin. Une fois à son bord, les héros rencontrent le mystérieux navigateur qui les emmène faire une visite des fonds sous-marins. Tous ensemble décident ensuite de visiter le Pôle Sud. Là, ils recevront un accueil agressif qui les obligera à s’enfuir sur une île des Tropiques. Capturés, ils tentent de s’enfuir durant la nuit sur un tronc d’arbre, d’où ils tombent à l’eau et se noient. Ils seront ressuscités par Neptune qui a pris pitié d’eux.

Commentaires : il s’agit là de la première adaptation de l’oeuvre de Verne. Bien que la compagnie production (Biograph) soit Américaine il n’est pas certain que la réalisation, elle, le soit. Ce film est plus proche scénaristiquement (et en terme de science-fiction) que la future adaptation de Georges Méliès.

Note : Imdb décrit pour 1905 un film de même nom de McCutcheon (USA), avec un scénario différent. Le film ici présenté étant considéré comme perdu, toutes ces informations sont à prendre avec prudence. Néanmoins, dans les deux cas, l’attachement à l’oeuvre de Verne semble réel.

Le Voyage à travers l’Impossible

octobre 1904 Film de Georges Méliès (Fr)

Histoire: Une société géographique planifie un voyage autour du monde. Différents véhicules sont construits et acheminés par le train. Durant le voyage, l’utilisation d’un de ces véhicules provoque un accident. L’équipe séjourne à l’hôpital. Ils reprennent plus tard un train. Pris sans doute par son élan, le train, dans un passage montagneux, poursuit une trajectoire ascendante pour filer dans l’espace. L’équipe est alors happée par le Soleil, où ils finissent par atterrir. La chaleur étant éprouvante, l’équipe, sauf un membre, se réfugie dans un wagon-glacière, mais sont alors changé en glace. Sauvé par leur collègue, ils réussissent à utiliser un des véhicules emportés : un sous-marin, qui leur permet de rejoindre la Terre. Ou plutôt rejoindre l’océan, puisque c’est dans ce nouveau territoire que nos héros termine leur aventure, suite à une panne moteur.

Commentaires : L’oeuvre de Méliès semble avoir deux inspirations principales : d’abord l’oeuvre de Jules Verne. Il s’agit en quelque sorte d’une adaptation très libre. Il est à souligner d’abord que – lorsqu’il s’agit de Méliès – « Le voyage à travers l’impossible » de Verne est non seulement une pièce de théâtre, mais un récit où l’auteur se permet d’abandonner les critères de vraisemblance – d’où le titre. L’autre référence est l’oeuvre maîtresse de Méliès lui-même : le Voyage dans la Lune. Méliès se donne ici des moyens exceptionnels, en premier lieu par la durée du film : 20 minutes, c’est beaucoup plus que la majorité des films de l’époque. Cela lui permet de développer un scénario plus complexe, de mêler péripéties et gags multiples. Peint à la main, l’oeuvre peut-être considérée comme une très grosse production. On pourrait imaginer qu’il s’agit là, pour Méliès, de faire ce qu’il n’avait pu réaliser dans Le Voyage dans la Lune. La visite des chantiers est assez parlante de ce point de vue : plus longue (trop longue ?), plus travaillée dans les décors (dont certains éléments sont repris du Voyage dans la Lune), elle comporte maintenant deux scènes se clôturant sur un gag final assez développé.

Le film a un thème qui le lie d’évidence à la science-fiction, le voyage dans le soleil en étant le point culminant. Lié à la S.F. comme peut l’être Verne, c’est-à-dire toujours relativement.

Référence flash : Sunshine

The Dog Factory

mai 1904 Film de Edwin Porter (USA)

Histoire : Dans une « fabrique à chien » – The Dog Factory – on utilise une machine qui transforme les chiens en chapelets de saucisses et inversement. Un homme vient vendre des chiens dans la boutique. Peu après, des clients viennent acheter des chiens faits à partir des saucisses, jusqu’à ce qu’un homme, du genre brutal, commande un bull dog. Le premier ne lui convient pas, pas assez agressif. Le second l’est plus et saute sur le client. S’en suit une bagarre qui se termine par la fuite du client poursuivit par le chien.

Commentaires : Dans la continuité de La Charcuterie Mécanique des Lumière, Porter reprend l’idée d’une machine qui transforme un animal en saucisse, mais y ajoute la possibilité inverse. La fabrique n’est donc plus simplement un lieu de production de denrées alimentaires, mais une sorte de lieu de stockage du vivant sous une forme « élémentaire ». Si le gag des Lumière reposait — à mon avis — sur la mort (un des fondements, toujours à mon avis, du comique) celui-ci plus proche de l’absurde, peut-être, et en tout cas plus complexe, faisant appel à plusieurs scènes, dans une sorte de continuité chronologique (chiens achetés — chiens vendus à des clients — chute). C’est un peu une fable morale : chaque client choisit selon son désir, et sans doute selon sa personnalité — mais le choix de brutalité de « l’homme brutal » se retourne contre lui.

La remarque concernant le parallèle entre le thème et le cinéma faite à propos du film des Lumière comme pour celui de Biograph est toujours valable. Il trouve expression dans un commentaire sur le net que je traduis : « Peut-être une allégorie sur la capacité du cinéma à capturer et ré-animer le vivant, d’un simple tour de manivelle ».

Dans tous les cas, l’oeuvre a toujours – voire bien plus – à voir avec la science-fiction que ces prédécesseurs sur le thème à cause de cette idée de transformation et de stockage du vivant, ce qui le rapproche pour moi de l’idée de bioscience. Mon regret sur ce point est que Porter n’ait pas eu l’idée non pas de classer ses saucisses par race de chiens, mais comme des éléments fondamentaux dont les combinaisons donneraient des races différentes.

Pour l’anecdote, l’année précédente sont sorti deux films de Porter considéré comme des chefs d’oeuvre du cinéma, « The Great Train Robbery » et « Life of an American Fireman ».

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