Homunculus

homunculus

1916 Film de Otto Rippert (All)

Histoire : Homunculus erre depuis qu’il sait être un homme créé en laboratoire (1). C’est par hasard qu’il rencontre Illiana la princesse. En sauvant son père, il est accusé de sorcellerie et doit s’enfuir à nouveau (2) . Plus tard, de retour dans la « société », son incapacité à aimer – due à sa naissance extra-humaine – lui causera bien des déboires avec sa compagne (3). Sans espoir d’amour, il deviendra chef d’un pays qu’il s’appliquera à mettre en état de guerre civile en provoquant, par un stratagème machiavélique (4), un soulèvement populaire contre lui-même ! Après quoi il sèmera panique et destruction jusqu’à apparemment mettre fin à l’humanité (5). Il mourra le poing vengeur levé vers le ciel d’où un éclair susceptible le foudroiera ! (6)

(1) Homunculus (2) Das Geheimnisvolle Buch – Le Livre Mystérieux (3) Die Liebestragoedie des Homunculus – La Tragédie Amoureuse ? (4) Das Riche des Homunculus – La vengeance (5) Die Vernichtung des Menschheit – La Fin de l’Humanité (6) Die Ende des Homunculus – La Fin d’Homunculus

Ce serial sorti de 1916-1917. Chaque épisode était dans un ordre précis, cependant chacun constituait un scénario indépendant et non une suite au précédent. Le laps de temps entre épisodes allait de 2 semaines à un mois. Il était dit que le premier motif pour ne pas traiter ici les serials étaient le temps. Il reste cependant tellement peu de Homunculus que la totalité visible est inférieur à un long métrage standard. Ceci explique sa présence ici.

Commentaires: De la version condensée il reste plus d’une heure qu’on pourra apprécier sur la page de eastman.org.

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Dans l’incubateur, le foetus se développe dans une sphère transparente

Le début est très étonnant. La naissance du Homunculus est plus moderne, dirons-nous, que celle du Monstre de Frankenstein. Il s’agit ni plus ni moins que d’un être porté par une matrice artificielle, dans une sorte d’incubateur. Sa révolte contre ses créateurs, par haine contre ceux qui l’ont fait naître et vivre sans possibilité de connaître les sentiments humains rappellent un peu son illustre prédécesseur. On notera que Homunculus est le nom de l’homme artificiel créé par alchimie dans l’acte II du Faust de Goethe. N’ayant pas lu l’ouvrage – et oui ! – je ne peux faire le parallèle entre les deux personnages.

Homunculus, né artificiel, ne connaît pas l’amour, est incapable du sentiment amoureux, vide qu’il est de filiation, tant maternelle que paternelle (voilà qui rappelle en passant le genre de thèses simplistes soutenues jusque dans la rue en ce moment et dont je dois préciser que je n’y adhère pas le moins du monde). Heureusement, ce n’est pas aussi simple dans le film et la situation de l’Homunculus est complexe : il a en quelque sorte trois pères :

Ortman : ce savant est totalement opposé à ce type d’expérience. Au moment où est créé Homunculus, il a attend un heureux évènement. Horrifié il est par le nouveau-né artificiel, parallèlement transporté par son propre enfant juste né. Hélas, l’enfant d’Ortman meurt de manière inexpliqué. Perdant le sens commun, il intervertit les enfants : il annule ainsi aux yeux de tous la mort de son enfant cependant qu’il gagne la dispute scientifique, l’expérience génétrice ayant visiblement échouée.

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L’Homunculus retrouve son « Tyrell » qui, lui aussi, va périr

Hansen : c’est le savant, disciple d’Ortman. Il s’oppose aux principes d’Ortmann et créé le premier homme artificiel. Il est assez distant, semble-t-il, avec l’enfant, distance « scientifique » dirions-nous. Le choc est néanmoins réel quand il découvre mort ce qu’il croit être l’enfant artificiel qu’il a créé.

Rodin : c’est l’assistant de Hansen. Rodin a un attachement visible à l’enfant sans doute dès son stade embryonnaire. Hansen est un scientifique plus froid : la scène de la sortie de la sphère est assez parlante. C’est Rodin qui tient la sphère (photo plus haut), émerveillé il approche la sphère de Hansen. Hansen n’aucun contact avec cet objet mais fait signe de la main de la réintroduire dans l’incubateur, ce que Rodin fait avec attention. A la mort du présumé Homunculus, la douleur de Rodin est terrible. Il suivra et retrouvera Homunculus après que celui-ci, patricide, ait fuit par le monde.

Le second épisode est assez étonnant également, même si le « pouvoir » de guérison (du père malade de la princesse amoureuse) d’Homunculus semble s’intégrer sans vrai justification dans le scénario et échapper un peu à la science-fiction. Formellement, on y retrouve des passages qui deviendront récurrents dans certains types de films (la populace qui brûle le château où est enfermé le monstre – scènes de foule qui influenceront Lang, paraît-il, assistant de Rippert dans ses débuts).

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Genre de scène de foule qui aurait influencé Lang

La troisième partie est moins intéressante, surtout pour l’amateur de science-fiction. D’ailleurs, de la suite, il en reste de moins en moins à voir, et l’aspect de plus en plus troué du récit rend le film assez imbuvable. La mort de l’humanité décrite n’est plus accessible. Seule la fin d’Homunculus est visible : ombre incrustée sur un ciel de feu (colorisation), foudroyé après qu’il se soit souvenu de son passé par flashbacks cinématographiques nous révélant étrangement des scènes que nous n’avons pu voir venu des bandes désormais disparues…

Dans ce serial au succès tel qu’il influença la mode vestimentaire berlinoise, un écueil, peut-être : de naissance artificielle, Homunculus souffrirait – enfin non justement – d’une incapacité à aimer , au moins.  Mais les drames sont nécessaires aux récits, et cette incapacité de base échoue sur l’obligation d’humaniser le héros… Un écueil que connaîtra d’ailleurs de plusieurs manières un Equilibrium plus récent – et dont je ne comprends pas l’intérêt que certains lui portent.

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Toutou est mort, laissez-moi, j’ai trop mal.. Equilibrium je vous dis !

(On voit dans l’image ci-dessus Robin, l’assistant du Frankenstein Homunculusien qu’on voit ici clairement bossu ! D’où vient cette imagerie du valet bossu, du cinéma, de la littérature, je l’ignore, mais je ne serais pas loin de parier qu’il s’agit là de sa première apparition cinématographique…)

Références flash : Tous les Frankenstein dont il est, cinématographiquement, un ancêtre.

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